Selon les autorités, il s’agit d’un geste généreux et humanitaire venant d’un pays partenaire. Les denrées devraient arriver dans les prochaines semaines et des équipes sont déjà mobilisées pour organiser leur distribution.

Mais derrière cette annonce officielle, une question importante se pose : pourquoi un pays comme le Cameroun, qui possède des terres fertiles et un fort potentiel agricole, continue-t-il de dépendre des dons alimentaires ?

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La scène est devenue presque habituelle : un ambassadeur étranger annonce une aide, un membre du gouvernement remercie officiellement, et une cargaison de riz est attendue au port de Douala.

Cette fois encore, le processus est le même. Pourtant, le Cameroun dispose de vastes terres agricoles, de zones humides adaptées à la culture du riz et d’une main-d’œuvre importante.

En théorie, le pays pourrait produire suffisamment pour nourrir sa population.

Dans la pratique, la réalité est différente.

Une dépendance alimentaire qui s’installe

Ce n’est pas la première fois que le Cameroun reçoit du riz de l’étranger. Dans le passé, d’autres pays comme l’Inde ont déjà fourni des centaines de milliers de sacs.

Aujourd’hui, la Chine prend le relais.

Cette situation montre que l’aide alimentaire devient progressivement une habitude. Une habitude qui peut sembler utile à court terme, mais qui pose un problème sur le long terme.

Car plus un pays dépend de l’extérieur pour se nourrir, plus sa sécurité alimentaire devient fragile.

Le paradoxe du riz camerounais

Le point le plus surprenant dans cette situation est que le Cameroun produit lui-même du riz.

Des zones comme Ndop, dans la région du Nord-Ouest, sont connues pour leur production rizicole. Le pays dispose donc déjà des bases nécessaires pour développer cette filière.

Mais une grande partie de ce riz ne reste pas sur le territoire national.

En effet, il est souvent vendu au Nigeria voisin, où les prix sont plus élevés. Les producteurs préfèrent donc exporter pour gagner plus.

Résultat : le Cameroun produit du riz, mais en manque sur son propre marché.

C’est un paradoxe difficile à ignorer.

Un problème de politique agricole

Ce phénomène met en lumière un problème plus profond : l’absence d’une politique agricole suffisamment efficace.

Pour développer la production locale, plusieurs éléments sont nécessaires :

  1. un soutien réel aux agriculteurs
  2. des infrastructures adaptées
  3. une régulation des exportations
  4. des prix attractifs sur le marché local

Sans ces conditions, les producteurs continueront de vendre ailleurs, et le pays continuera d’importer ou de recevoir des dons.

Diplomatie alimentaire : une stratégie d’influence

L’aide alimentaire n’est pas seulement un geste humanitaire. Elle peut aussi être un outil diplomatique.

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En envoyant du riz, des pays comme la Chine ou l’Inde renforcent leur présence et leur influence au Cameroun.

Ce type de coopération peut être bénéfique, mais il crée aussi une relation de dépendance.

Plus un pays reçoit d’aide, plus il devient lié à ses partenaires.

Une question de souveraineté alimentaire

Au fond, le vrai problème est celui de la souveraineté alimentaire.

Un pays capable de produire sa nourriture ne devrait pas dépendre de l’extérieur pour nourrir sa population.

Le Cameroun possède :

  1. des terres agricoles riches
  2. un climat favorable
  3. une population active

Mais ces atouts ne sont pas encore pleinement exploités.

Qui va bénéficier de cette aide ?

Une autre question importante concerne la distribution du riz.

Les autorités ont annoncé que des équipes sont en place, mais plusieurs points restent flous :

  1. quelles régions seront prioritaires ?
  2. quels seront les critères de sélection ?
  3. comment éviter les détournements ?

Ces questions sont essentielles pour garantir que l’aide profite réellement aux populations qui en ont besoin.

Un signal à prendre au sérieux

Le Cameroun est souvent présenté comme « l’Afrique en miniature » en raison de sa diversité et de ses ressources.

Mais aujourd’hui, l’image est différente : un pays riche en terres agricoles qui reçoit du riz de l’étranger pendant qu’une partie de sa production part ailleurs.

Ce signal est fort.

Et il invite à une réflexion profonde sur les choix économiques et agricoles du pays.

Conclusion : entre aide utile et défi à long terme

Le don de riz chinois peut aider certaines populations à court terme. Il ne faut pas ignorer cet aspect.

Mais il ne règle pas le problème principal.

Le véritable défi pour le Cameroun est de produire suffisamment pour nourrir sa population de manière durable.

Cela demande des réformes, des investissements et une vision claire.

Car au final, la vraie richesse d’un pays agricole ne se mesure pas à ce qu’il reçoit, mais à ce qu’il est capable de produire. 🌾